La filiation avec les nouvelles grandes dames de la chanson québécoise, les Soeurs Boulay, Marie-Pierre Arthur et Salomé Leclerc, est également évidente qu’incertaine. Alors qu’à la fois, nous sommes dans un univers que l’on reconnaît, il semble impossible d’y accoler une étiquette, ou même une influence majeure, qui pourrait, par comparaison, décrire le projet. On y entend le monde entier défiler devant les yeux de l’artiste sans jamais réellement pouvoir mettre le doigt sur ce à quoi ça nous fait penser, autre qu’à notre voix intérieure.
Il y a chez Charlotte Brousseau une vision artistique qui transcende les styles et les époques. Les pièces exposent et transgressent les frontières de l’introspection par l’entremise d’une musicalité aérée et affinée. Les pièces coulent comme sous « le pont de bois de la Yamaska » sans une seule fraction de seconde d’avance ou de retard. Les choses sont toujours bien ancrées à leur place. La pièce Mouvement est une ode au corps humain, à l’acceptation, aux moyens de faire, qui se situe bien au-delà des débats postmodernes sur le sujet, l’angle est toujours empirique, voire métaphysique. On y sent d’ailleurs une influence de la période Kid A de Radiohead, alors que la courte « Bouclette » aurait pu se retrouver sur Amnesiac avec ses accents électroniques. C’est peut-être uniquement rendu à la dernière pièce Je cours encore vous attendre où l’on réalise l’ampleur qu’a eue l’oeuvre de Daniel Bélanger sur les auteurs-compositeurs québécois contemporains. Sans même savoir si la principale intéressée s’est penchée sur l’oeuvre de Bélanger, on a droit ici, avec ce E.P. de Charlotte Brousseau, à la suite tant espéré d’une œuvre magistrale, enracinée dans le territoire, que l’on souhaite voir à jamais incomplète.
Boucles est un album absolument magistral.
Crédit photo: Arielle Livernoche